Des algues pour propulser des avions 

 

Après les premiers vols expérimentaux avec des biocarburants de 3e génération, avionneurs et pétroliers ne tarissent pas d’éloges sur ceux à base de microalgues. Cette plante ouvrirait-elle la voie aux vols neutres en carbone ?

Des rendements inégalés et sans impacter l'agroalimentaire
 
L’algue s'alimente d’eau salée et/ou polluée : pas besoin de puiser dans les réserves d’eau douce raréfiées pour l’irrigation. Et plus l'eau est polluée, plus sa croissance est rapide. Certaines doublent leur taille et leur poids 3 ou 4 fois par jour.
 
Selon le pétrolier américain ExxonMobil le rendement des algues est de loin supérieur à toute autre plante. Un hectare de culture de microalgues durant une année permettrait de produire 76 litres de biocarburant alors que la palme n’en offrirait que 24, le sucre de canne 17, le maïs 9 et le soja 2.
 
Les microalgues peuvent aussi être cultivées sur des terres arides, des déserts ayant des nappes souterraines salées ou hors sol. Monopolisant moins de sol et d’eau douce pour une même production de biocarburant, la culture extensive d’algues n’entrerait pas en compétition avec des cultures agroalimentaires.
 
Des recherches qui n’en sont qu’à leur début.
 
Quelle souche de microalgues choisir sur les 300 présélectionnées ? Quelles modifications génétiques ? Comment les cultiver : en bassin ouvert, fermé ou en photo-bioréacteur, dans des tubes de plastique transparents… mais quel plastique ? Avec quelle eau : salée ou usée ? Comment récolter ces micro-organismes ? Comment en extraire l’huile, sur algues sèches ou mouillées ? Avec quelle consommation d’énergie ? Et que fera-t-on des 70 % de déchets ?
 
En France, le projet Shamash rassemble depuis décembre 2006, huit laboratoires et des partenaires industriels. Doté d’un budget de 2,8 millions d’euros, Shamash s'emploi à répondre à ces questions.
 
Une empreinte écologique très discutée
 
L’algue absorbe une grande quantité de C02 lors de la photosynthèse. Elle pourrait même, en étant couplée à des industries polluantes - comme celles du gaz ou du pétrole - recycler leurs émissions.
 
Dans une étude parue le journal Environmental Science and Technology en janvier 2010, des chercheurs soulignent les besoins très importants en énergie lors de la production, principalement lié à la nécessité d’alimenter les algues en nutriments. La production d'algocarburant pourrait selon eux aboutir à davantage d’émissions de CO2 qu’elle ne permet d’en capturer. Le groupement professionnel Algal Biomass Organization, qui a dénoncé l’utilisation de données “périmées”, a proposé à l’équipe scientifique de réaliser conjointement une étude complémentaire ! Quand à l’Institut national de recherche agronomique (INRA) qui a mené une étude sur le cycle de vie de différents biocarburants issus de microalgues, ses scientifiques ont montré que seule l’extraction mouillée sur des algues cultivées avec peu d’azote a un bilan énergétique positif !
 
Le plus grand défi : le cout de production
 
Pour être compétitif, l'algocarburant doit s’aligner sur un prix de vente d’environ 0,6 dollar le litre alors que le coût de production est actuellement d’environ 7,5 dollars par litre. Un coût aujourd'hui rédhibitoire qui n'empêche pas les observateurs d'espérer voir de l'algocarburant sur le marché d'ici 5 ans.
 
MCA, dernière mise à jour le 7 janvier 2011
Micro algues
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>> EADS 100 % algues

Du 9 au 13 juin 2010 au salon aéronautique de Berlin (ILA), EADS a fait voler chaque jour un Diamond DA42NG (nouvelle génération) avec un biocarburant produit uniquement à partir d’algues.


100 kilos d’algues ont été nécessaires pour extraire 22 litres d’huile d’algues et fournir 21 litres de biocarburant. Pendant sa phase de développement cette quantité d’algue aurait absorbé 182 kg de CO2 et le biocarburant obtenu contiendrait huit fois moins d’hydrocarbures que le kérosène dérivé du pétrole. Ces vols ont même réalisé une économie de 5 à 10 % de carburant et ce sans adaptation spécifique des moteurs. EADS estime que les biocarburants pourraient représenter jusqu’à 30 % des carburants avion utilisés d’ici 2030.

>> Boeing

En 2007, Boeing, UOP, une filiale de Honeywell et les compagnies aériennes comme Continental, Virgin Atlantic, Air New Zealand ont créés l’Algal Biomass Organization (ABO), un groupement professionnel d’industriels, afin de développer et tester les biocarburants à base d’algues pour l’aéronautique.

Le 7 janvier 2009 à Houston aux Etats-Unis, Continental Airlines effectuait le 1er vol d'essai sur un Boeing 737-800 dont un des deux réacteurs était propulsé avec du biocarburant composé à 50 % de jathropa et 50 % de microalgues.
En avril, Boeing réalisait avec l’US Navy le premier vol supersonique d’un F/A-18 Super Hornet avec un mélange de 50 % de biocarburant et 50 % de kérosène traditionnel.
En juin 2009, Boeing annonçait avoir fait voler des avions avec un mélange contenant du biocarburant à base de microalgues, le biokérosène algal.