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Les aéroports dans le sillage de l’aviation commerciale 

 

Théma, Entre Voisins N°15, juillet 2008, Cyril Flouard

Éternels compagnons des heures tristes et glorieuses de l’histoire de l’aéronautique, les aéroports ont cristallisé depuis cinquante ans des enjeux stratégiques et économiques de plus en plus importants. Petit voyage dans le temps, depuis les pique-niques de tonton Maurice à Orly aux salons d’attente multimédias de l’A380.

Dans les années 1950, le développement des billets en classe économique imprime une impulsion de croissance au trafic aérien. Après son succès grandissant de l’après-guerre, l’aéroport d’Orly doit alors transférer une partie de ce trafic vers le site du Bourget.

En février 1961, le général de Gaulle inaugure le terminal d’Orly sud en compagnie de Pierre Cot, président d’Aéroports de Paris, et d’Henri Vicariot, brillant architecte formé en France et aux États- Unis. Cet édifice avant-gardiste de verre et d’acier est vite accueilli comme le nouveau symbole du modernisme. Grâce à une vue imprenable sur les aires de stationnement d’avions, le bijou d’Orly sud attire les foules et devient très vite la destination favorite des Parisiens du dimanche.

Pour l’anecdote personnelle, c’est l’époque où tonton Maurice qui en pinçait pour la voisine, l’emmenait dans sa DS assister au ballet aérien des derniers-nés de la technologie. La stratégie s’avéra payante !

Avec 3,4 millions de visiteurs, Orly surpasse dès 1962 le succès touristique du château de Versailles. Même les stars viennent se faire photographier devant le bâtiment, telle Romy Schneider et ses paquets Chanel. En 1965, le trafic d’Orly approche les six millions de passagers. Le site du Bourget étant désormais trop petit, on opte pour la création d’une nouvelle plate-forme au nord de Paris, dans la Plaine de France. Le 22 juin, l’aéroport de Roissy-en-France est officiellement créé.

Les travaux sont lancés l’année suivante, tandis qu’à Orly la tour de contrôle est mise en service. On installe dès 1968 les premières passerelles télescopiques pour Gros-porteurs et les premiers vols charters annoncent les débuts de l’aviation de masse. La tendance se confirme sérieusement en 1969 avec l’arrivée à Orly du premier Boeing 747 Jumbo jet de la Pan Am.

Les années 1970 marquent le grand boum du développement du tourisme aérien dans le monde et toutes les capitales occidentales développent leurs aéroports : Paris, Londres, Stockholm, Amsterdam, New-York, Los Angeles, Atlanta, Chicago, etc. Seule la plate-forme de Berlin, divisée entre les zones d’occupations alliées et soviétiques, reste à l’écart au bénéfice de Francfort, Munich et Hambourg.

Après l’inauguration du nouveau terminal d’Orly ouest en 1971 conçu comme son aîné d’Orly sud par Henri Vicariot, l’aéroport Paris-Charles de Gaulle est inauguré en 1974.

Conçu par l’architecte Paul Andreu, le terminal 1 révolutionne la gestion du trafic passager en réunissant les voyageurs dans un unique module central cylindrique entouré de sept satellites. La gare RER à Paris-Charles de Gaulle ouvre deux ans plus tard, alors que le trafic d’Aéroports de Paris a doublé en sept ans et dépasse désormais les vingt millions de passagers.

Après l’ouverture du terminal 2B, le président François Mitterrand inaugure le terminal 2A de Paris-Charles de Gaulle en 1982. En 1988, le nombre de passagers des aéroports de Paris a déjà doublé depuis 1976 pour passer la barre des quarante millions.

Afin de favoriser la fluidification du trafic, un accord est signé en 1990 entre la SNCF et Aéroports de Paris pour la construction d’une gare TGV sur le site de Paris-CDG. C’est le début de l’intermodalité, terme barbare désignant l’heureuse rencontre de plusieurs modes de transport (en l’occurrence le train et l’avion) dont la complémentarité facilite grandement la gestion des flux de passagers. Dédié au trafic international, le terminal 2C de Paris-Charles de Gaulle s’ouvre en 1993, alors qu’à Orly ouest est mis en service le hall 1 destiné à l’accueil des Gros-porteurs.

En 1995, une Maison de l’Environnement est ouverte à CDG et Air France transfère son siège social dans la zone d’activité de Roissypôle. L’arrivée du troisième millénaire est marquée par les grandes alliances stratégiques des compagnies aériennes qui se regroupent pour protéger leurs intérêts commerciaux. Ainsi vont naître entre autres Star Alliance (1997), One World (1999) et Skyteam (2000), qui vont désormais s’affronter pour le meilleur comme pour le pire. En 2002, le terminal 3 de CDG, accueillant les passagers low-cost (ex-terminal 9) double sa capacité. Dédié à Air France et son alliance Skyteam, le terminal 2E ouvre ses portes en 2003. Le hub d’Air France renforcé permet notamment d’optimiser les temps de correspondances des passagers et les coûts de maintenance des avions.

En 2004, le trafic total d’Aéroports de Paris dépasse les 75 millions de passagers. Enfin, plusieurs travaux voient le jour à Paris-CDG en 2007: tout d’abord, les baptêmes du métro automatique du CDGVal (liaison gratuite entre les terminaux) et de sa petite sœur Lisa (liaison inter satellitaire automatique) entre le terminal 2E et le nouveau satellite S3. Ce dernier, la Galerie Parisienne, permettra d’accueillir prochainement six exemplaires du géant A380, avec en prime un énorme hangar spécialement dédié.

Les chiffres suivants permettent de se faire une idée de l’évolution du trafic dans le monde. Avec un total de 56,8 millions de passagers en 2006, l’aéroport Paris-CDG est aujourd’hui le deuxième aéroport européen pour le trafic passager, derrière Londres Heathrow (67,5 millions) et devant Francfort (52,8 millions). Si l’aéroport français se classe sur ces critères au septième rang mondial, quatre parmi les six premiers sont américains, dont Atlanta (en tête avec 84,8 millions de passagers), Chicago, Los Angeles et Dallas.

Du côté de l’accueil, l’étude Skytrax montre que sur les cinq aéroports favoris des passagers, quatre sont asiatiques : Hong Kong arrive en tête suivi par Séoul et Singapour (ex-æquo !), puis Munich (cherchez l’erreur) et Kuala Lumpur. D’une manière générale, les grands aéroports multiplient les innovations pour le confort des voyageurs et l’accueil d’avions de plus en plus performants et économes.