Concorde, un rêve qui dérange

Théma, Entre Voisins N°15, juillet 2008, Cyril Flouard

 
Au début des années 1960, galvanisés par les perspectives ouvertes par la révolution des premiers jets, les Français de Sud Aviation et les Anglais de la British Aircraft Corporation travaillent chacun à un projet d’avion civil supersonique capable de traverser l’Atlantique. En 1962, les deux avionneurs décident d’unir leurs efforts pour un projet commun d’avion supersonique capable de transporter 100 passagers à Mach 2 : le Concorde.

Après plusieurs années d’une collaboration parfois difficile marquée par les oppositions culturelles, le premier vol d’essai du prototype Concorde 001 décolle le 2 mars 1969 de l’aéroport de Toulouse-Blagnac. Aux commandes : le pilote d’essai André Turcat et son copilote Jacques Guignard. Six mois plus tard, l’unique supersonique civil de l’histoire franchit le mur du son, et passe la barre symbolique de Mach 2 en novembre 1970. Le Concorde donnera toute la mesure de ses capacités le 26 septembre 1973 en reliant Paris à Washington en 3h33.

Malgré son succès technologique, le très prestigieux Concorde suscite les jalousies et se heurte à un boycott commercial imprévu. Les principaux transporteurs annulent leurs commandes alors que le gouvernement américain interdit à l’appareil de se poser sur le sol des États-Unis. Qu’à cela ne tienne, les premières liaisons se feront donc vers d’autres continents : Paris-Rio pour Air France et Londres-Bahrein pour British Airways, qui restent seules utilisatrices de l’appareil. Au terme de nombreuses procédures administratives, Concorde est finalement autorisé à se poser à l’aéroport JFK de New-York. Une ligne quotidienne est lancée le 22 novembre 1977, plaçant New-York à trois heures de Paris et Londres, soit la moitié du temps de vol d’un avion à réaction subsonique.

En dépit de ses impressionnantes performances, l’unique avion commercial supersonique semble trop extrême pour séduire les compagnies aériennes. Il est vrai qu’avec quatre réacteurs, le Concorde est plutôt du genre gourmand. À ce handicap s’ajoute une capacité d’emport limitée à une centaine de places. En complète opposition avec les logiques commerciales du transport de masse, sa production s’arrêtera à 16 exemplaires en tout.
 
Au début des années 1960, l’audace technologique du projet Concorde fit des émules, notamment aux États-Unis et en Union soviétique où volera (en essai) le premier supersonique Tupolev TU-144 dès 1968. Surnommé Concordsky par les Soviétiques en raison de sa ressemblance troublante avec le supersonique français, le TU-144 avait semble-t-il été conçu un peu trop vite et un accident mit fin à son utilisation après une centaine de vols entre Moscou et le Kazakhstan. Quant au projet américain annoncé par le président Kennedy lui-même un an après l’accord de coopération franco-britannique, il fut finalement écarté par le gouvernement en 1971, entre autres pour des raisons financières.
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