Le recyclage des avions, un marché en pleine expansion

L’arrivée en fin de vie des avions de la génération 1970-80, l’augmentation du trafic aérien et la confirmation des enjeux environnementaux ont obligé les professionnels de l’aéronautique à considérer de plus en plus sérieusement la problématique du recyclage des avions. De plus,  la croissance du trafic aérien mondial annonce l’expansion d’un nouveau marché du recyclage, avec l’arrivée en fin de vie de 6 500 à 8 000 avions de plus de 100 passagers dans les 20 prochaines années. Dans ces conditions, hors de question de continuer à stocker les vieux coucous dans des cimetières aériens perdus dans le désert d’Arizona en attendant des jours meilleurs.

Recycler, pas si simple                                                                    
Si le recyclage 100 % propre n’est pas pour aujourd’hui, des progrès immenses ont été faits depuis dix ans : inventaire préalable de milliers d’éléments référencés, extraction des parties récupérables par les compagnies propriétaires (pièces de moteurs, systèmes avioniques, trains d’atterrissage etc.), retrait des fauteuils, moquettes et autres parures en matière plastique, prélèvement de centaines de mètres de câbles électriques… Pour enfin démanteler les parties métalliques, dont 85 % d’aluminium. Bien que ce dernier soit relativement facile à recycler (votre vélo a peut-être effectué sans vous l’équivalent de mille fois le tour du monde dans une vie antérieure), la tâche est loin d’être aussi simple pour les nombreux éléments en fibre de verre qui constituent le  mobilier des avions.
 
Les stratégies d’Airbus et Boeing
Ces matériaux composites, bien que remplacés sur les appareils récents par des fibres de carbone plus légères, constituent encore un casse-tête à recycler. Un défi de taille pour les constructeurs qui cherchent à soigner leur image sur le terrain environnemental. Dans ce contexte d’urgence, les deux principaux avionneurs mondiaux se sont positionnés chacun à sa manière.
Boeing, membre très actif de l’AFRA (Aircraft Fleet Recycling Association, voir encadré), a investi un million de dollars à la fin 2011 dans un programme de recherche sur les technologies de recyclage des fibres de carbone, en partenariat avec l’université britannique de Nottingham.
De son côté, Airbus a investi dans une plate-forme de recyclage de pointe à l’aéroport de Tarbes, en créant avec la SITA (une société de retraitement de déchets filiale de Suez) une joint venture baptisée Tarmac Aerosave. Un outil conçu pour optimiser le recyclage de grosses unités et doté d’une plate-forme adaptée pour la séparation des fluides, équipée de pistes et hangars à grande capacité.
 
En moins de dix ans, le savoir-faire en recyclage a considérablement augmenté. En 2010, l’AFRA annonçait son intention d’atteindre un taux de recyclage de 90 % des pièces d’avions. Un savoir-faire qui ne sera pas de trop face aux concurrents potentiels des pays en voie de développement.
 
 Mis à jour le 21 septembre 2012, Cyril Flouard, GM
Recyclage des avions à Chateauroux
Recyclage des avions à Chateauroux
© MEDD : Laurent Mignaux

>> Recycling Business Development (RBD)

La société Recycling Business Development (RBD) vient de racheter un Airbus – sans les moteurs – pour 1,1 million de dollars. La revente du millier de pièces prélevées devrait rapporter 1,6 million de dollars. Les réacteurs représentent jusqu’à 80 % de la valeur de l’appareil, les 86 aubes du premier étage de la turbine, 8 000 dollars pièce. L’APU vaut plus de 300 000 dollars, à condition d'être recertifié. Les trains d’atterrissage partent très vite, à raison de 100 000 dollars par jambe. Une cabine complète de rangées de sièges en cuir se négocie 150 000 dollars, une porte de soute à bagages 40 000 dollars.

On pensait pourtant que les Airbus et autre Boeing prenaient leur retraite au sein de compagnies aériennes peu scrupuleuses. Que nenni : les avionneurs supportent de moins en moins de voir leur nom associé aux incidents voire accidents. Un bon recyclage vaut mieux qu'une mauvaise publicité.