L'Europe fait le point sur les agro-carburants 

 

Alors que le secteur mondial du transport aérien augmente de 4 % par an, une étude baptisée SWAFEA (Sustainable Way for Alternative Fuel and Energy in Aviation) impliquant une vingtaine d’organismes européens a posé pour la première fois des projections chiffrées face aux objectifs de IATA de réduire de 50 % les émissions de GES en 2050.

Premier constat : la production à grande échelle de biocarburants (issus de la biomasse) pose le problème du manque de terres disponibles.
Philippe Novelli, coordinateur de cette étude à l’Office national d’études et de recherches aéronautiques (Onera), indique dans les colonnes du journal Les Échos que « pour réduire de 50 % les émissions du transport aérien à l'horizon 2050, il faudrait remplacer la totalité du carburant par des biocarburants offrant un gain d'émission de 80 % . D'après nos estimations, il faudrait produire pour cela quelque 500 millions de tonnes de biocarburant, ce qui représenterait 75 % de la biomasse disponible. »
En clair, la culture des biocarburants ne peut se faire qu’en dehors des terres arables sous peine de menacer la souveraineté alimentaire mondiale.
SWAFEA suggère donc d’utiliser d’abord la biomasse disponible pour les besoins non alimentaires (déchets agricoles et forestiers). Cette mesure permettrait d’intégrer à court terme 20 % de biocarburants au kérosène traditionnel pour stabiliser les émissions de GES du secteur aérien en 2030.
Deuxième constat : le coût de production des biocarburants actuels reste largement plus élevé que celui du kérosène. De nos jours, le procédé BtL (Biomass to Liquid) qui permet de produire des biocarburants liquides à partir de n’importe quelle matière organique, tout comme l’hydrotraitement (obtention d’hydrocarbures par élimination de l’oxygène des huiles végétales) pourraient techniquement être intégrés à jusqu’à 50 % du kérosène classique. Cependant, ces procédés restent bien trop onéreux pour une utilisation à grande échelle.
 
L’espoir des ressources alternatives
Le défi reste donc entier pour les scientifiques qui doivent mettre au point des procédés épargnant les terres arables tout en restant compétitifs face aux prix du baril. Pour Philippe Novelli, il faudra encore attendre une dizaine d’années pour voir se développer des biocarburants viables aux plans écologique et économique.
Ce qui n’empêche pas Airbus et Boeing de réfléchir à la mise en place de chaînes de production de biocarburant au niveau mondial.
 
Si les biocarburants de troisième génération à base d’algues cultivées en milieu aquatique ont pour l’instant le vent en poupe, d’autres pistes font aussi saliver les investisseurs. Carl Hodges, fondateur du laboratoire environnemental de l’Université d’Arizona, a convaincu Boeing et la Nasa du potentiel énergétique d’une plante particulière: la salicorne. Cette espèce capable de pousser sur des sables très pauvres grâce à la seule présence d’eau salée permettrait de produire des biocarburants à grande échelle dans les déserts de bord de mer, le tout avec un bilan carbone positif. Qu’ils soient apprentis chimistes ou pétroliers de la première heure, tous poursuivent le même but : présenter les premiers un biocarburant économiquement viable avec bilan carbone neutre. Car si l’aviation ne représente que 2 % des émissions mondiales de GES, le marché des biocarburants est estimé à plus de cent milliards d’euros par an… Pour commencer.

 

Cyril Flouard

Mis en ligne le 10 octobre 2011

>> Trois générations de biocarburants

Les biocarburants de 1ère génération

Plus connus sous le nom de biodiesel et de bioéthanol, ces biocarburants sont produits à partir de l'huile, de l'amidon ou du sucre contenu dans les organes de réserve de la plante (tubercule, rhizome ou bulbe). Ils sont généralement tirés du maïs, des betteraves à sucre, du palmier à huile, du jatropha ou du colza. Il leur est reproché d’occuper l’espace de terres arables au détriment de l’agriculture classique destinée à l’alimentation.

Les biocarburants de 2ème génération

Ils utilisent la biomasse ligno-cellulosique de la plante. Ils sont essentiellement issus de résidus agricoles et forestiers : écorces, copeaux de bois, paille, parties non comestibles du maïs et de la canne à sucre ou encore d'arbres à croissance rapide.

Les biocarburants de 3e génération

Issus de microalgues, on les surnomme aussi algocarburants. Ils présentent une biomasse particulièrement élevée. Ils sont considérés comme une alternative intéressante aux carburants fossiles, notamment grâce à un coût de production et des perspectives environnementales a priori intéressantes.