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Une collaboration de chaque instant, par tous les temps 

 

Entre Voisins N° 7, juin 2006, Bruno Gomez

Météo-France annonce de la neige, le trafic risque d'être perturbé... mais les équipes sont prêtes pour prévenir les aléas météorologiques. Visite de l'organisation en place à Paris-Charles de Gaulle et à Paris-Orly entre Aéroports de Paris, Météo-France et tous les acteurs aéroportuaires.

La météo est une science. S'il en fallait une preuve, les méthodes utilisées au quotidien sur les aéroports l'attestent. En effet, le brouillard, la neige, les orages ou un fort vent ne prennent plus au dépourvu les équipes d'Aéroports de Paris, sauf événements exceptionnels. C'est le fruit d'un travail de collaboration poussé avec Météo-France.
 
À tout risque météorologique annoncé répond un ensemble de procédures rodées et précises enclenchées avant même que le moindre flocon soit tombé ! Ces procédures rentrent dans le cadre du modèle de gestion baptisé Collaborative Decision Making (CDM), concept importé des États-Unis et encouragé par Eurocontrol, l'organisme européen de sécurité de la navigation aérienne. Son principe : échanger les informations et prendre conjointement les décisions afin de répondre à une situation dégradée affectant l'écoulement du trafic, été comme hiver. Ainsi, Météo-France, dont des représentants participent au CDM, procure toutes les informations météorologiques nécessaires aux acteurs du CDM : compagnies aériennes, service de la navigation aérienne et le PC Aires Aéronautiques (PCR) d'Aéroports de Paris.
 
Pour les PCR de Paris-Charles de Gaulle comme de Paris-Orly, dont la mission est la mise à disposition des infrastructures liées aux pistes, aux aires de stationnement des avions, aux voies de circulation, il s'agit a d'analyser et d'échanger les informations avec l'ensemble des partenaires afin d'assurer 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 une veille et une anticipation des situations dégradées », explique un porte-parole d'Aéroports de Paris.
 
Lancés en octobre 2004, les CDM ont été améliorés au fur et à mesure. « Cette instance quasi permanente balaie toutes les questions intéressant les gestionnaires de l'aéroport ; les questions météorologiques de signalisation et de prévision adaptées en font partie », rappelle Gilbert Monceau, chef de la station départementale Météo-France du Val d'Oise, installée à Paris-Charles de Gaulle. En temps réel, les équipes d'Aéroports de Paris disposent, via une plate-forme en ligne, d'informations précises sur les conditions météo. Un atmogramme réactualisé toutes les trois heures décrit tous les paramètres : nébulosité, température, humidité relative, direction du vent, vitesse moyenne et rafales maximales. Pour faciliter la communication, un système de tchat en ligne permet aux équipes d'Aéroports de Paris de poser des questions et d'obtenir des réponses dans des délais très courts.

Sur le site du CDM, différents tableaux de bord permettent à tous les acteurs d'obtenir, sur leur écran d'ordinateur et d'un seul coup d'œil, les conditions météorologiques : optimales (couleur verte), légèrement perturbées (jaune), très dégradées (orange), dangereuses (rouge). "Nous envoyons au pôle opérationnel de décision CDM@CDG des MAA ou messages d'avertissement d'aérodrome en cas de gel, orage, grain, grêle, vent fort, phénomène verglaçant, gelée blanche, inversion, etc. Les décisions de mise en vigilance de Météo-France sont également diffusées en précisant les conditions sur l'aéroport », explique Michel Boulanger de Météo-France.
 
Pour une meilleure compréhension des informations et des messages délivrés par Météo-France, toutes les équipes en liaison avec les informations météo (traitement des pistes, préparation des véhicules de déneigement, etc.) sont formées par Météo-France. Autre spécificité de Paris-Charles de Gaulle, sa dimension et son volume de trafic.

« À nombre de flocons égal, le risque de perturbation est plus important à Paris-Charles de Gaulle qu'à Orly », affirme François Marquinez, chef de la station départementale Météo-France de l'Essonne, installée à Paris-Orly. L'échange de questions réponses permet d'évaluer le risque et les dispositions à prendre.
 
Observation, prévision et climatologie

Mais comment ce risque est-il évalué ? C’est tout le travail des équipes des stations de météo implantées sur les deux plates-formes majeures d’Aéroports de Paris ainsi qu’au Bourget et à Toussus-le-Noble.

Tout débute donc dans les stations de météo-France. Tout dépendra des prévisions dressées par ces équipes. Rappelons que les missions d’un centre de Météo-France sont de trois types.

« L'observation, c'est-à-dire la surveillance des conditions atmosphériques à l'instant donné, la prévision ou l'anticipation de l'apparition de phénomènes météorologiques pouvant perturber le trafic et enfin, la climatologie qui consiste à définir le climat à l'échelle locale sur la base d'observations », explique François Marquinez. Vingt personnes travaillent à la station météo d'Orly, vingt-cinq à CDG.

Deux postes permanents de deux personnes pour chacune des activités d'observation et de prévision assurent sans rupture 24h/24 et 7j/7 la couverture météorologique. Premier volet du travail de ces équipes, l'observation, premier maillon d'un long processus. « Nos capteurs, implantés en plusieurs endroits de la plate-forme et notamment au plus près des pistes, mesurent la température, l'humidité, la pression, le vent, la hauteur des nuages, la visibilité. Toutes ces mesures sont réalisées automatiquement et transmises toutes les minutes à la tour de contrôle. » À titre d'exemple, Orly compte une vingtaine de capteurs et la station de Paris-Charles de Gaulle une soixantaine dont douze transmissomètres (capteurs de visibilité), quatre télémètres à nuages et autant de mâts anémométriques. « Mais décrire le tour d'horizon, c'est encore une spécificité humaine » explique Michel Boulanger, technicien supérieur d'exploitation, observateur et prévisionniste à Paris-Charles de Gaulle.

Un homme peut le faire mais une machine ne pourra pas, par exemple, préciser les types de nuages ou les phénomènes distants. Est-ce de la neige, de la grêle, de la pluie, quelle en est l'intensité ? L'être humain peut l'apprécier facilement, ce que l'instrument ne sait pas encore faire tout à fait. » Pour les nuages, il s'agira d'identifier leurs genres et apprécier la hauteur des couches nuageuses. Expertise et observation humaine complète les mesures automatiques. Ainsi, quand un capteur est perturbé par un oiseau ou un réacteur, l’humain corrige immédiatement l’erreur.

La prévision est le nerf de la guerre d’une bonne gestion du trafic aéroportuaire, quelles que soient les conditions atmosphériques. Toutes les stations de Météo-France reçoivent leurs information du service central à Toulouse qui fournit la "matière brute" : images satellites, cartes, bulletins météo, schémas et rapports complexes. À charge pour la station de sélectionner, d’analyser, d’affirmer et de traduire à l’échelle locale toutes ces informations en termes compréhensible par l’usager. Les prévisions pouvant aller jusqu’à sept jours sont découpées de trois en trois heures pour suivre l’évolution des paramètres habituels sur les premières 36 heures : temps sensible, vent, températures. « Si lors de ces prévisions, un risque de neige ou de verglas apparaît, une alerte est émise à destination de tous les services, dont le PC Aires Aéronautiques d’Aéroports de Paris. Nous précisons le risque d’occurrence, l’intensité et le caractère de la neige attendue. Aujourd’hui, il s’agit de limiter le risque au minimum et les réactions sont immédiates. Même si le moindre flocon paraît anodin, Aéroports de Paris ne prendra aucun risque. »

Si la période de prévision de risque de neige est prolongée, un bulletin "neige et verglas" est émis chaque jour par le PC Aires Aéronautiques qui active alors le PC Neige. Celui-ci assure la coordination des opérations de déneigement et de déverglaçage grâce à des moyens humains, des moyens matériels et régulièrement entrainés. Le PC Neige indique les futures interventions, les lieux où les opérations vont se dérouler, les moyens opérationnels qui doivent être engagés. Une fois les équipes d'astreinte désignées, le matériel mobilisé et le plan d'actions validé, le départ est donné vers la première piste choisie alors que la neige commence à tomber.