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La prévision : un exercice planétaire 

 

Entre Voisins N° 7, juin 2006, Bruno Gomez

La prévision est le cœur de métier de Météo-France. Dans le domaine aéronautique elle est vitale. Du Centre national de prévision de Météo-France basé à Toulouse aux stations de Paris-Charles de Gaulle et Paris-Orly, tout l'appareil de Météo-France contribue à la mission de prévision.

Face à la simplification du vocabulaire météorologique des médias et du grand public, les météorologues rappellent ce que leur métier n'est pas. « Nous ne disons pas le temps qu'il va faire mais nous informons du risque qu'un épisode météorologique se produise », précise avec méthode François Marquinez, chef de station Météo-France à Paris-Orly. Le risque et pas une garantie : la nuance est importante pour une profession souvent exposée à des critiques considérées comme injustes au regard des progrès réalisés depuis les 40 dernières années. Dans les centres de Météo-France de CDG et d'Orly, l'ambiance est très studieuse. En matière de prévision, la puissance des outils informatiques permet d'utiliser des modèles numériques très performants que les prévisionnistes peuvent animer sur leurs écrans.

Le service central de Toulouse est à la pointe de la recherche. Pour faire une prévision, le technicien a besoin d'avoir tous les éléments chiffrés (température, pression, humidité et vent) et pas seulement sur sa zone. « Nous avons besoin de connaître ces éléments chiffrés à tous les points de la planète, pour avoir un état initial. Les moyens modernes le permettent aujourd'hui », explique Michel Boulanger de la station de CDG.

Toutes ces données sont échangées grâce à la collaboration internationale orchestrée par l'Organisation météorologique mondiale (OMM). De la prévision du temps à la recherche sur la pollution de l'air, de l'étude des changements climatiques et de la raréfaction de l'ozone à la prévision des tempêtes tropicales, l'OMM coordonne les activités scientifiques internationales. « Tous les pays fournissent leurs informations et cela permet d'avoir une carte du temps dans les trois dimensions, avec des données chiffrées à toutes les altitudes, grâce, par exemple, aux ballons-sondes envoyés deux fois par jour à la même heure - universelle - à travers le monde. Nous avons ainsi connaissance de l'état de l'atmosphère sur toute la planète, à un instant donné (températures, humidité, vents, temps, etc.).Il suffit de quelques minutes pour tout compiler, grâce au supercalculateur de Météo-France à Toulouse, capable de faire 300 milliards d'opérations à la seconde. Ensuite, un modèle mathématique calcule les états futurs de toute l'atmosphère terrestre en appliquant les lois de la thermodynamique et de la mécanique des fluides. Les calculateurs peuvent maintenant faire des simulations jusqu'à sept jours. Lorsqu'il s'agit d'interpréter les sorties de modèles numériques, c'est là qu'intervient le métier de prévisionniste, en travaillant sur les cartes, courbes, iso lignes, etc. La météo ce n'est pas l’inspiration du moment. »

Visibilité, plafond (hauteur des nuages), ce sont des paramètres sensibles pour l'aéronautique. Un plafond à soixante mètres du sol et il faut espacer les avions et donc réduire le trafic. Le prévisionniste aéronautique va donner ses prévisions sur l'aéroport pour les prochaines heures. Les messages de prévisions sont faits toutes les trois heures. Ainsi, prenons un pilote qui doit décoller de New York, il va regarder ce message pour connaître les prévisions à Paris huit ou neuf heures plus tard. En préparant son vol, il va choisir les aéroports de déroutement selon les conditions météorologiques prévues à Paris et sur ceux-ci. Sur les écrans des prévisionnistes de Météo-France, on ne perd pas de vue les images de Météosat, le satellite européen situé à 36 000 kilomètres à O° de longitude et 0° de latitude qui surveille l'Europe, l'Afrique et l'Atlantique. De même que l'on travaille sur les images des 18 radars français ayant chacun une couverture moyenne d'un rayon de 180 km. Les ballons-sondes donnent des informations en altitude à l'échelle d'une région.

Des prévisions à l'échelle du globe ou de l'Hexagone, les prévisionnistes doivent tirer des applications locales. Les équipes connaissent parfaitement les spécificités locales, ajoutant à l'expertise des documents élaborés par le Centre national de Météo-France de Toulouse. « Paris-Charles de Gaulle est relativement éloigné de l'urbanisation. Ici nous sommes près de la Picardie, essentiellement des terres agricoles. Donc un site plutôt favorable à une visibilité médiocre, avec de la grisaille, des nuages bas. Même par rapport au Bourget, nous avons climatologiquement des conditions de visibilité inférieures », explique Michel Boulanger. « Ce qui fait de CDG un site pilote concernant la recherche sur le brouillard. Nous utilisons une modélisation appelée Cobel Isba pour mieux prévoir chronologiquement l'apparition du brouillard et sa dissipation. »

Depuis plusieurs années, les chercheurs de Météo-France travaillent à l'amélioration de la qualité des prévisions des brouillards et nuages bas à très courte échéance, un programme de recherche associant l'observation à la modélisation numérique. L'observation comporte des mesures radiatives au sol et à 45 m et des relevés de température et d'humidité dans le sol et le long d'un mât instrumenté de 30 m de hauteur. La modélisation quant à elle correspond au modèle numérique de couche limite atmosphérique Cobel Isba. « Testée au cours des hivers 2002 et 2003, cette méthode de prévision locale a prouvé son efficacité. L'approche intégrée observation-assimilation-modélisation apporte un gain sur la prévision classique des prévisionnistes au-delà de 2 heures d'échéance. Des prévisions utilisées en mode opérationnel dès 2005 et encouragées par la commission Aviation de transport du Conseil supérieur de la météorologie qui s'inscrit dans le vœu qu'elle a exprimé sur l'amélioration des prévisions de faible visibilité sur certains aéroports » , explique un porte-parole de Météo-France à Paris. En ce qui concerne la météo durant le vol, les temps ont changé et depuis bien longtemps  «  le pilote ne vient plus chercher le bulletin météo avant le vol, poursuit François Marquinez. Tous les documents sont transmis par satellite depuis le service central de Météo-France directement aux compagnies aériennes ».

Ouvert en 1974, le centre Météo-France de Paris-CDG a connu l'épopée du Concorde. Nostalgique, Michel Boulanger se souvient des « dossiers de vol confectionnés manuellement et remis en mains propres, car nous n'avions pas tous les moyens informatiques actuels ».
Vue satellite de la France
Vue satellite de la France
© DR

Parole d’expert Des prévisions localisées en constante amélioration

Joël Collado, prévisionniste à Météo-France depuis 1969,
est également une des voix de la météo à France Inter et France Info.

Quels progrès avez-vous constatés dans le domaine
de la prévision ?

Un énorme bond depuis les années 70 où les techniques de prévision sont passées du stade artisanal de très hauts niveaux
de performances grâce au développement de l'informatique moderne. Nous étions incapables de modéliser à l'échelle du globe.
Aujourd'hui, l'échelle du maillage géographique du modèle de prévision s'est considérablement affinée en passant de 250 à 10 km grâce aux supercalculateurs, ce qui nous permet des prévisions localisées
en constante amélioration.

Le grand public a-t-il changé de regard sur la météo ?

Il y a 30 ans, la météo avait la réputation de se tromper tout le temps. Aujourd'hui, cette idée n'est plus aussi répandue. La tempête de 1999, la canicule de 2003, la sécheresse et tous les phénomènes climatiques font prendre conscience au public comme aux professionnels de l'importance de la météo et de l’environnement.
La nature nous rappelle à l'ordre, cela implique une vigilance et une attention plus marquées.