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L’empreinte des géants du ciel 

 

Théma N° 4, octobre 2005, Gil Roy


L’A380 a détrôné le Boeing 747 au palmarès du plus gros avion civil. Le Jumbo Jet n’en demeure pas moins un avion à part comme tous ces mastodontes qui jalonnent l’histoire de l’aviation, mais aussi comme plusieurs appareils militaires américains et quelques cargos hors normes d’origine soviétique qui défient les lois de la pesanteur.

Près de 80 mètres d’envergure. Plus de 550 tonnes au décollage. Haut comme un immeuble de sept étages. Incontestablement, l’A380 en impose par ses dimensions et ses performances. Le 27 avril 2005, à l’occasion de son premier vol, il est devenu le plus gros avion civil jamais construit, reléguant (presque) le Boeing 747 au rang d’avion ordinaire. Il suffit pourtant de regarder décoller un jumbo jet pour se convaincre du contraire. Si le quadriréacteur américain a perdu son titre, il n’en demeure pas moins l’un des plus impressionnants parmi les plus grands.

La notion de géants du ciel est toute relative et un jour, peut-être, le super jumbo jet européen sera considéré à son tour comme un avion de taille ordinaire, bien qu’aujourd’hui, cela semble inimaginable tant Airbus est parvenu à repousser les limites loin. Pourtant chaque époque a vu naître de nouveaux géants. Dans les années trente, lorsque la compagnie britannique Imperial Airways reliait Londres au Caire avec ses Handley Page « Héraclès », les superlatifs ont manqué aux journalistes d’alors pour qualifier ces gigantesques biplans de 40 m d’envergure propulsés par 4 moteurs de 550 cv dont le seul nom de baptême en disait déjà long.

Si les Héraclès sont rentrés dans le rang de la chronologie de l’aviation, d’autres appareils historiques demeurent encore aujourd’hui comme des avions à part qui n’ont rien perdu de leur gigantisme. Le plus extraordinaires de tous est, sans doute, le Spruce Goose d’Howard Hughes. Construit en 1945, cet hydravion avion possédait une envergure supérieure de 20 mètres à celle de l’A380 ! Deux autres grands hydravions ont marqué l’histoire de l’aviation. Le premier est le Dornier Do-X allemand qui effectua son premier vol, en 1929. Il avait une envergure de 48 m et une longueur de 40 m. Sa coque était entièrement métallique et ses ailes étaient constituées d’un cadre en métal couvert par du tissu. Il était propulsé par douze moteurs de 610 cv montés en tandem sur l'aile et actionnant des hélices tractives et propulsives. Malgré cette débauche de puissance, il n’a jamais pu s’élever à plus de 500 m, ce qui ne l’empêcha pas de tenter une traversée héroïque de l’Atlantique en 1930.

Si le Do-X, à l’image du Spruce Goose d’Howard Hughes, ne connut pas de carrière commerciale, en revanche, le Latécoère 621 fut exploité un temps sur les lignes d’Air France, aux Antilles, avant d’être transformé en cargo par une compagnie basée au Cameroun. Cet élégant hydravion de plus de 57 m d’envergure était équipé de six moteurs de 1.900 cv. Il mérite le titre de paquebot du ciel.

C’est en fait pour répondre aux besoins des militaires que l’industrie aéronautique a produit les plus gros avions. Le Spruce Goose était d’ailleurs à l’origine un programme militaire d’un avion de transport capable d’embarquer 850 hommes de troupe ! Le Jumbo Jet découle lui aussi d’un appel d’offre de l’armée américaine portant sur un cargo. La position du cockpit et la bosse ont été imaginées pour optimiser l’accès à la soute et permettre un chargement par l’avant de l’appareil. Boeing a perdu. Il a toutefois remarquablement rebondi en lançant le 747 vendu à ce jour à plus de 1.300 exemplaires à 85 compagnies.

Le vainqueur de l’appel d’offre fut Loockheed avec le Galaxie C5 encore en service aujourd’hui dans l’armée américaine. 75 m d’envergure. 68 m de long. Une soute de 37 m de long, 5,80 m de large et 4,10 de haut. Une capacité d’emport jamais atteinte jusque-là : 90 passagers et 118 tonnes de fret. Une masse maximale au décollage de 380 tonnes. Toutes les caractéristiques d’un géant. Jusqu’en 1982, il demeurera le plus gros avion jamais construit, jusqu’à ce que l’Antonov 124 effectue son premier en Ukraine.

Avec une envergure de 73 m, une longueur de 69 m et une hauteur de 21 m, ce cargo possède des caractéristiques voisines de celles de l’A380. S’il est toutefois un peu plus petit, il donne l’impression d’être un véritable monstre avec son aile en flèche. Sa capacité de charge est de 150 tonnes, l’équivalent de celle de la future version cargo de l’A380 actuellement en cours de développement.

Quoi qu’il en soit, le titre de plus gros de tous les avions appartient incontestablement à l’Antonov 225, une extrapolation de l’An-124, destinée initialement au transport de la navette spatiale soviétique Bourane. L’arrêt de ce projet concurrent de la navette américaine a également signé celui du programme An-225.

A ce jour, un seul exemplaire est en état de vol. Sur son dos, la navette Bourane faisait figure de maquette, comme ont pu en juger les visiteurs du salon du Bourget 1989, au cours duquel, il fut présenté en configuration de transporteur. L’Antonov 225 a en effet une envergue de plus de 88 m. Il mesure 84 m de long. Il peut embarquer dans sa soute jusqu’à 250 tonnes de fret volumineux. Il est équipé de six réacteurs. Son train d’atterrissage compte pas moins de 32 roues. Sa masse maximale au décollage est de 600 tonnes. C’est un monstre et c’est sans doute son seul titre de gloire, contrairement à l’A380 qui est un géant des airs appelé à connaître un grand succès commercial.

Photographie de l'Airbus A380 à l'atterrissage
© DR

>> Le rêve fou d’Howard Hughes

Contrairement à l’impression de réussite que peut laisser le film « The Aviator » de Martin Scorsese, l’hydravion géant d’Howard Hughes n’a fait qu’un saut de puce.

Malgré ses huit moteurs Pratt & Whitney développant chacun 3.000 cv, cet avion géant, plus grand qu’un A380, ne s’est élevé que de 20 mètres au-dessus de la surface de l’eau. Ce fut le 2 novembre 1947, à Long Beach, où il parcouru 1.600 mètres à 130 km/h, en effet de sol avant de retourner définitivement dans son hangar. Jusqu’à sa mort, survenue en 1976, Howard Hughes l’a maintenu en état de vol. Il lui en a coûté un million de dollars par an. Une manière pour le milliardaire d’entretenir son rêve. Le Spruce Goose est aujourd’hui visible dans un musée en Orégon.