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Petite rétrospective sur un demi-siècle

 

qui a changé la face du monde

 

Théma N°15, juillet 2008, Cyril Flouard

Ils ont pour noms Mystère 20 (le premier jet d’affaires français et futur Falcon), Mercure et Galion (avions dérivés de la Caravelle en version réduite et augmentée). Puis B777 ou A350.

Du Mystère au Falcon
 
Charles Lindbergh, le premier vainqueur de l’Atlantique sans escale, est venu dès 1963 des États- Unis avec une délégation de la Pan Am pour se pencher sur ce fameux Mystère. Après avoir assisté au premier vol d’essai, il aurait télégraphié au patron de la compagnie yankee « j’ai trouvé votre oiseau ».
 
Très vite, quarante exemplaires sont commandés. L’oiseau obtient son certificat de vol le 9 juin 1965. Dès le lendemain, la célèbre pilote d’essais Jacqueline Auriol en profite pour s’offrir le record de vitesse féminin sur une distance de 1000 km à la vitesse de 859 km/h. Les livraisons vont dès lors s’enchaîner très rapidement vers les États-Unis. Après avoir livré tous ses secrets, le Mystère est rebaptisé Falcon par la direction de la Pan Am qui lui imposera aussi de se séparer de ses bons vieux réacteurs Pratt & Whitney de 1 490 kilos de poussée unitaire pour des General Electric de 1 810 kgp. Chaussé de ces nouvelles bottes de sept lieues, le Falcon 20 pourra alors enjamber l’horizon à la conquête des marchés de l’Ouest sauvage. Il réalisera finalement plusieurs centaines de ventes dans le monde.

Le projet Mercure
 
Dans une autre catégorie, le projet Mercure est une réponse au manque d’avions de ligne court-courrier mis en relief par une étude de Dassault à l’échelle mondiale. Las ! Malgré un marché potentiel estimé en 1968 à 1 100 unités sur 12 ans, l’avion au nom inspiré du dieu du voyage et du commerce verra ses ambitions ruinées par la chute du dollar au profit de son concurrent, le Boeing 727-200. Après son inauguration en 1971, seule une dizaine d’exemplaires sera placé auprès d’Air Inter, la compagnie française de lignes intérieures.
 
Du Boeing 707 au 737

Alors que certains avionneurs laissent de belles plumes dans cette bataille pour le marché des jets civils, les ingénieurs de chez Boeing s’attellent déjà à un nouveau projet. Les performances du 707 ont plus que jamais aiguisé l’appétit des dirigeants de la Pan Am, qui se verraient bien cueillir les fruits prometteurs du marché du tourisme à grande échelle qui pointe à l’horizon.

En 1966, le transporteur de New York commande au constructeur de Seattle un avion à grande capacité : ce sera le 747 alias “Jumbo jet”. Inauguré en 1970 sur la ligne New-York-Londres, le 747 marque l’avènement de l’aviation de masse. Il aligne par ailleurs des chiffres impressionnants : 300 tonnes au décollage, 180 tonnes de carburant, six millions de pièces assemblées par 1,5 million de rivets… Sur le récent marché des gros porteurs, l’ombre des ailes du 747 obscurcit déjà l’horizon des concurrents, tels le Mc Donnell Douglas DC-1O ou le triréacteur Lockheed Tri-star, et va de fait bouleverser l’aviation civile et militaire.

Parmi sa nombreuse descendance, citons le 747 SP Special Performance qui permettra dès 1976 de franchir des étapes de 12 000 km avec 330 passagers sur des lignes comme New-York-Tokyo, Los Angeles-Sydney ou Londres- Johannesburg. En 1988, une version très aboutie, le 747- 400, pourra emporter jusqu’à 568 passagers sur 13 500 km pour une masse de 400 tonnes au décollage. Mais il sera aussi utilisé comme support volant par la NASA pour convoyer sur son dos la navette Columbia, ou encore adopté comme avion privé par le Président des États- Unis George Bush fils sous le nom d’Air Force One.

Autre légende de la gamme Boeing : le B-737, l’avion court/moyen-courrier le plus vendu au monde. Décliné en plusieurs versions sur trois générations depuis sa commercialisation en 1968, il passera en 2004 la barre des 4 300 ventes.
 
De l'Airbus A300 à l'A340

À la fin des années 1960, les européens ont tiré les enseignements de leurs divers échecs commerciaux face au géant Boeing et décident de se rassembler pour faire front. Les premiers pas d’Airbus sont officialisés par l’union du français Aérospatiale et de l’allemand Deutsche Airbus (rejoints en 1971 par l’espagnol CASA, puis en 1979 par les anglais British Aerospace). Conçu pour transporter 300 personnes, le premier bébé issu de ce mariage de raison européen est baptisé A300 et quitte le nid en 1972. Pour la petite histoire, les cadets de l’A300 seront désignés par un chiffre arrondi à la dizaine supérieure (A310, A320, etc.) selon l’ordre de naissance, alors que les versions courtes ou longues se verront ajouter ou retirer un ou plusieurs points (A319, A321, etc.) selon leur physionomie.

Malgré une collaboration difficile, les européens parviennent peu à peu à faire concurrence à Boeing sur le marché mondial de l’aviation civile. Parmi les grandes réussites européennes, citons notamment l’A320, concurrent du Boeing 737, qui marque une révolution technologique dans le monde de l’aviation civile : muni de commandes de vol entièrement électriques, sa structure intègre aussi des matériaux composites allégés, des réacteurs plus économiques et une trajectoire contrôlée par ordinateur. Conformément au principe de la famille Airbus, ces caractéristiques standardisées chez les descendants de l’A320 permettront d’optimiser les coûts de maintenance ainsi que la formation des pilotes d’Airbus tout en fidélisant la clientèle.

Autre champion de l’écurie Airbus, le long-courrier A340 World Ranger. Lors du salon du Bourget de 1993, le World Ranger parcourut un tour du monde soit une distance de 38 258 km en 43h15 mn (hormis une escale de 5h05mn à Auckland), réalisant le plus long vol sans escale de l’histoire (19 200 km).
 
Le Boeing 777
 
Fort marri de cet affront, le concurrent de Seattle relevait le gant l’année suivante du bout du nez de son tout nouveau B-777-200ER, sur un trajet de 20 044 km entre Seattle et Kuala Lumpur. Un record récemment battu en 2005 par le B-777-200LR Worldliner, sur un trajet de 21 596 km entre Hong Kong et Heathrow par la route la plus longue.

Mais la véritable réussite du B-777 est ailleurs : il fut le premier avion de ligne entièrement assemblé par ordinateur. Orchestré par Dassault, le programme Catia (conception assistée tridimensionnelle interactive) permettait grâce à huit ordinateurs musclés de tester l’assemblage des 700 000 pièces d’un magistral puzzle virtuel. Le nouveau système fut finalement couronné de succès : sur 63 m de longueur de fuselage, la marge d’erreur totale était de 0,3 mm, soit environ 30 fois moindre qu’avec un assemblage classique.

Le Béluga d'Airbus
 
En 1995, année du lancement du B-777, Airbus attaque sur le terrain des gros porteurs avec son nouvel A300-600 Super Transporter, dit Beluga. Avec ses 1 400 m³ de volume de soute, le plus gros avion cargo civil du monde va envoyer au musée le fidèle Super Guppy à hélices d’Aero Spacelines et ses malheureux 1 100 m³ de volume de soute, un avion très prisé depuis les années 1960, notamment pour le transport de pièces d’avions. L’autre concurrent, le géant russe Antonov 124, va désormais devoir se contenter des restes des festins commerciaux du Beluga.


L'A380

Dernier gros coup de marteau en date sur la tête de Boeing, l’A380 d’Airbus fait voler les superlatifs. Résultat d’une étude initiée en1993 sous le nom d’A3XX, le programme A380 sera lancé en 2000 et commercialisé en 2007. Cet très gros-porteur long-courrier de 555 places (jusqu’à 853 places pour la version optimisée) et de 80m de long sur 80m d’envergure peut couvrir 15 200 kilomètres, soit l’équivalent d’un trajet New- York-Hong-Kong sans escale, à la vitesse d’environ 1 040 km/h (Mach 0,85).

Principal atout de l’A380 : 15 à 20 % d’économie de carburant sur son concurrent direct, le B-747-400, avec une augmentation de la capacité passagers. La masse maximale du mastodonte au décollage (560 tonnes) se meut au moyen d’une magistrale double paire de moteurs Rolls Royce Trent 900 ou Pratt & Whitney/General Electric GP7200 de 30 410 kg de poussée unitaire, soit l’équivalent théorique de 219,17kg de poussée par passager dans le cas de la version 555 places. De quoi asseoir une solide réputation.

Par ailleurs, des versions sont prévues pour le fret (l’A380- 800-F avec 150 tonnes de capacité) et l’aviation d’affaires. Mais la livraison des versions cargo de l’A380 a dû être ajournée jusqu’en 2015 après quelques déboires financiers et l’annulation de 10 commandes par le transporteur américain FedEx au profit du Boeing 747-400.

Enfin, l’arrivée du géant européen oblige bon nombre d’aéroports à revoir leurs aménagements, à l’exemple de Paris-Charles de Gaulle qui s’est doté d’un hangar spécialisé et d’un satellite spécial d’embarquement pour l’accueil de six A380, le fameux S3 ou Galerie parisienne.

L'A350
 
Dans des proportions moins extrêmes, Airbus a lancé en 2004 le programme A350, un long-courrier favorisé par une motorisation plus économique et une structure en matériaux composites légers à base de fibre de carbone et d’alliages récents (aluminium lithium). La version de grande capacité A350 XWB (pour Extra Wide Body ou fuselage extra large) est annoncée avec une capacité maximum de 350 passagers pour une autonomie de 15 750 km.

Avec plus de 30 commandes enregistrées, l’A350 devrait être commercialisé à partir de 2013. Arrivera-t-il à temps pour concurrencer son rival de chez Boeing, le B-787 Dreamliner, dont le lancement a été maintenu pour mai 2008 malgré des contretemps techniques?
 
La bataille du ciel est loin de s’arrêter pour les avionneurs, dont les programmes de plus en plus coûteux impliquent des risques toujours plus grands et des marges de manœuvre toujours plus réduites. Une seule certitude : face au handicap induit par la chute du dollar, les européens vont devoir mettre les bouchées doubles pour surmonter les obstacles.
Toile de Claude-Richard Mazier représentant un Boeing 707 à l'approche
Approche nocturne d'un Boeing 707, Huile sur toile de Claude-Richard Mazier
© Philippe Boulze

>> Quelques repères concernant l'aviation commerciale

 

Technique :

5 juin  1783 : envol du premier aérostat à Annonay

1884 : 1er vol en circuit fermé du dirigeable "La France"

17 décembre 1903 : 1er vol d’un aéroplane (frères Wright)

1930 : 275 km/h

1939 : 755 km/h

1947 : franchissement du mur du son : 1 224Km/h (Mach 1)

1948 : 2 000 km/h

 

Économique :

17 août 1917 : première liaison aéropostale française Paris – Le Mans – Saint-Nazaire

8 février 1919 : première liaison commerciale Paris-Londres : 11 passagers

21 mai 1927 : vol sans escale Paris-New York

1958 : mise en ligne des premiers avions à réaction (B 707) sur l’Atlantique Nord

1970 : mise en ligne des B 747

2008 : mise en ligne de l’A 380

 

Nombre de passagers réguliers :

1945 : 6 millions

1950 : 31 millions

1960 : 106 millions

1970 : 311 millions

1980 : 734 millions

1990 : 1 200 millions

2000 : 1 700 millions

2006 : 2 130 millions

2009 : 2 500 millions

2011 : 3 800 millions