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Tourisme spatial, week-end sportif au firmament 

 

Théma N°14, février 2008, Cyril Flouard

Les terriens ont attrapé le virus de l’espace. Et depuis son vaisseau Enterprise, Monsieur Spok doit avoir les oreilles qui sifflent. Que vous soyez adepte ou non de la vieille série de science-fiction Star-Trek, vous aurez peut-être l’occasion de visiter un jour le terrain de jeu de ces personnages fictifs.

À l’occasion du quarantième anniversaire de son existence, le groupe Nouvelles Frontières a annoncé en octobre dernier le lancement de vols en apesanteur pour 2008. Une fois allégés de la somme de 3000 euros, les clients pourront tester la sensation d’apesanteur à bord d’un avion spécial, l’A300 OG par périodes de 20 à 30 secondes. Mais ne vous faites pas d’illusion : l’avion ne sortira pas de l’atmosphère, l’apesanteur étant créée par des vols paraboliques, succession d’ascensions et de chutes. 
 
Avec un marché estimé à 800 millions de dollars annuels, l’espace fait aussi rêver les investisseurs, tel le milliardaire Richard Branson qui propose pour 2009 des vols suborbitaux à 100 km d’altitude (juste au-dessus de l’atmosphère) pour la bagatelle de 200000 dollars. Pour Christophe Bonnal, expert senior à la direction des lanceurs du CNES (Centres national d’études spatiales), les moyens techniques actuels sont très loin de satisfaire les niveaux d’exigence de sécurité de l’aviation commerciale. Christophe Bonnal rappelle également à toutes fins utiles que «chaque passager sur un vol spatial orbital serait assis sur l’équivalent d’une à deux tonnes de TNT». Avis aux amateurs... 
 
L’explosion du moteur d’un vaisseau de la compagnie Virgin Galactic lors de son transport à terre en juillet dernier a fait trois morts et plusieurs blessés. Cet événement confirme si besoin était que l’accès à l’espace, privé ou public, reste hélas toujours plus risqué qu’une partie de bowling. Aller dans l’espace d’accord, mais où dormir, me direz-vous ?

Xavier Claramunt, fondateur de la société Galactic Suite, basée à Barcelone, répond sans ambages à cette angoissante question. L’ancien ingénieur en aérospatiale a annoncé l’été dernier la création d’un hôtel dans l’espace en 2012. Un séjour de trois jours dans cette auberge espagnole en orbite ne coûterait que quatre misérables millions de dollars, avec en prime une préparation physique de huit jours dans une île des Caraïbes (toujours pas désignée) dont on sait cependant qu’elle proposerait aux clients terrain de golf et court de tennis, histoire de se détendre entre deux entraînements. Toujours pour 2012 et dans la rubrique “où dormir ?”, le projet d’hôtel gonflable de l’Américain Robert Bigelow (dont les hôtels de Las Vegas ont fait la fortune) semble en bonne voie. Le deuxième module d’essai Genesis II a été installé en orbite avec succès en juin dernier après avoir été libéré de son support, un ancien missile modifié lancé depuis la Russie. La prochaine maquette de 16,7m3, Galaxy, sera lancée en 2008. Elle devrait essuyer les plâtres pour le vrai hôtel gonflable grandeur nature à venir en 2012, d’un volume habitable de 330m3. Sur le vaisseau Enterprise, Monsieur Spok peut dormir sur ses deux oreilles, la relève ne saurait tarder.

NB : Le premier symposium mondial sur l’accès privé à l’espace aura lieu en France à Arcachon du 28 au 30 mai 2008.  Compagnies aériennes et pays émergents : « Do you speak Chinese ? » On prévoit 2,75 milliards de passagers transportés par l’ensemble mondial des compagnies aériennes en 2011, soit 29,1 % de plus qu’en 2006. Le marché asiatique devrait tenir le premier rôle de ce décollage spectaculaire, sous la poussée des nouvelles classes moyennes des géants indiens et chinois. Au pays du nirvana, la politique d’Air Deccan porte ses fruits, fidèle à son souhait de “faire voler tout le monde”. 

Les préjugés ont la vie dure. Qui n’a pas encore en tête le témoignage poignant d’un parent ou ami survolant la steppe gelée, en pleine guerre froide, à bord d’un bimoteur arthritique aux fauteuils fatigués dont la toile élimée cachait mal l’ossature famélique ? L’heure du réveil a sonné et il y a belle lurette que le ciel de l’Est s’est ouvert aux vents d’ouest. La compagnie aérienne Aeroflot, première compagnie russe, dont l’état reste propriétaire à 51 %, est devenue en avril 2006 la dixième compagnie aérienne de l’alliance Skyteam, aux côtés d’Air France KLM. En novembre dernier, c’était au tour de la compagnie China Southern de rejoindre l’alliance, fait inédit pour un transporteur chinois de tout premier plan.

Si la liste noire des compagnies aériennes interdites de vol dans l’Union européenne signale encore la présence de quelques antiques coucous sur le territoire de l’ex-Union Soviétique, ce sont souvent les mêmes pays qui semblent abriter les transporteurs catalogués: pour l’ancien bloc de l’Est, la République Kirghize et l’Albanie y figurent en bonne place. En Afrique, les transporteurs de la République démocratique du Congo (ex-Zaire) se taillent la part du lion aux côtés de la Sierra Leone. Selon l’étude réalisée en 2007 par le cabinet spécialisé Skytrax auprès des passagers, les trois meilleures compagnies au monde sont asiatiques. Le podium revient à Singapore Airlines (selon une autre étude Skytrax, l’aéroport de Singapour est aussi deuxième meilleur du monde ex-aequo avec Séoul) suivi de Thaï Airways et Cathay Pacific dont le hub de Hong Kong est aussi classé meilleur aéroport du monde. Petit tour d’horizon en chiffres : avec 32 compagnies aériennes, la Chine détient le plus grand nombre de compagnies des pays émergents, devant le Brésil (24), la Russie (17) et l’Inde (12).

Dans le contexte géopolitique actuel, l’Empire du milieu est bien sûr appelé à devenir l’un des leaders mondiaux du transport aérien. Après avoir signé en 2006 avec les autorités du pays un protocole d’accord pour le développement durable du transport aérien avec l’IATA, l’Association internationale du transport aérien, son directeur Giovanni Bisignani a déterminé cette année cinq défis majeurs pour la Chine « appelée à devenir au centre des liaisons inter-Asie le marché le plus important pour l’aviation d’ici 2010». Ces défis sont les suivants : une gestion efficace du contrôle aérien, une politique environnementale viable, une gestion rentable des structures aéroportuaires, un contrôle interne des coûts, et des libertés commerciales. 
 
Si l’Inde est pour l’instant moins présente que la Chine sur le plan international, la low-cost nationale Air Deccan illustre une success-story propre aux pays émergents, grâce à une politique marketing inédite. Le charismatique P-d.g. de la compagnie, M. Gopinath, avait souhaité depuis longtemps que « chaque indien puisse voler ». Fidèle à son vœu, Air Deccan a lancé en juillet dernier un partenariat avec le pétrolier British Petroleum afin de vendre des billets d’avion dans ses stations services. Quelques semaines auparavant, la low-cost avait signé un accord avec le Département indien de la poste visant la vente de billets dans les bureaux de poste, afin de « changer les modes de vies » des 75% d’Indiens vivant dans les campagnes. Pour Captain Gopi, un billet d’avion est « un produit de détail, et en tant que tel, doit pouvoir s’acheter dans les épiceries, les bureaux de postes ou les stations-service, au même titre que du savon ou du shampoing ».
 
Air Deccan, qui avait démarré son activité avec un seul avion il y a seulement trois ans et demi, est aujourd’hui la première compagnie indienne du marché intérieur, avec 45 avions assurant 350 vols quotidiens vers 65 destinations. But avoué de la compagnie, faire voler un milliard d’Indiens. Il semble que personne n’ait cru bon de demander au PDG d’Air Deccan s’il mangeait !