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Le voyage à l'heure d'internet 

 

Théma, Entre Voisins N°14, février 2008, Cyril Flouard

Internet à haut débit, 35 heures, mondialisation et culte de l’instantané ont balisé notre entrée dans le XXIe siècle et marqué nos habitudes de voyage. Pour le grand public, les chemins de l’Ailleurs croisent de plus en plus les autoroutes de l’information pavées de superlatifs. On part plus loin, plus souvent et pour moins cher.

Si les organisateurs de voyage doivent plus que jamais se mettre à l’heure d’internet sous peine d’être asphyxiés par la toile, de nouveaux marchés apparaissent. Seuls les plus réactifs seront appelés à en récolter les fruits.

Il paraît que tous les chemins mènent à Rome. Certains, en tout cas, y mènent plus vite que d’autres. Si certain dimanche matin, le miroir de votre salle de bains vous inspire une envie impérieuse de visiter la ville de César et que votre agent de voyage est à la pêche, une connexion internet vous permettra sûrement de parer au plus pressé. Après avoir allumé votre ordinateur d’un doigt fébrile, vous n’aurez que l’embarras du choix entre plusieurs moteurs de réservation en ligne, tels Go voyages, Expedia ou Opodo, pour comparer les meilleures prestations au meilleur prix, depuis la location de voiture jusqu’à la chambre d’hôtel. Cerise sur le gâteau, vous bénéficierez sans doute d’une réduction substantielle sur le prix de l’hébergement et d’une location de véhicule, grâce à un forfait dynamique avion + voiture + hôtel.

Saisi(e) par la fièvre de Bacchus, vous pourriez même céder à l’odieuse tentation de commander vos souvenirs en ligne à l’avance, rien que pour vous éviter de les porter sur le trajet du retour, le tout  l’insu de vos proches bien entendu. Dans vos souvenirs, ce dimanche restera donc béni par le secret des dieux… Mais ce miracle technologique n’est pourtant pas sorti de la cuisse de Jupiter. En quelques années, l’accès généralisé à Internet haut débit a peu à peu bouleversé notre rapport au monde extérieur et notamment au voyage. Le marché du tourisme sur internet ou e-tourisme affiche ainsi chaque année un taux de croissance à deux chiffres. Il pèse à lui seul plus de 40 % de l’ensemble du commerce sur Internet en France, avec un chiffre d’affaire global de 4 milliards d’euros en 2006. 

Une étude du cabinet Raffour (revue Stratégos, août 2007) sur l’impact et les enjeux du tourisme en ligne en 2007 indique que le web permet de « créer une continuité parfaite entre information, communication et transaction ».

Selon le scénario évoqué plus haut, réserver sur le web votre billet d’avion pour la capitale de l’empire romain ajouterait votre nom au cercle respectable des 153 millions de citoyens européens ayant préparé leur voyage en ligne l’année dernière, ainsi qu’aux 88 millions à y avoir réservé une prestation, dont 6,5 millions de Français.

Si les agences et tour-opérateurs classiques conservent encore 40 à 45 % des ventes de forfaits traditionnels, l’ombre de la toile se fait toujours plus menaçante pour eux : 20 à 25 % des ventes de voyages se sont faites l’année dernière sur Internet, avec une tendance constante à la hausse. Dans un tel contexte, l’automatisation des processus de vente en réseau est devenue incontournable pour les voyagistes. Pour Nicolas Brumelot, directeur général de Go Voyages, «Internet est un outil à la portée de tous qui contribue à démocratiser le voyage». En conséquence, « les tour-opérateurs doivent se l’approprier. La facilité d’acheter et de se renseigner favorise la croissance du nombre de voyageurs qui n’ont plus à faire la queue devant une agence pour poser des questions ». 

La concurrence est particulièrement rude sur le marché des courts séjours, investi par les centrales de réservation en ligne : plus 50 % de ventes de courts séjours chez voyages-sncf.com entre mars 2006 et mars 2007. Alors que certains ont déjà choisi de s’éloigner de ce marché (comme Kuoni en 2002), d’autres misent sur la modernisation des ventes (Directours) ou sur la qualité et l’expertise (Jet Tours). 

Si Internet a sans conteste dopé les ventes de courts séjours en les rendant plus visibles et souvent plus attractifs économiquement (34,9 % d’internautes sont partis en court séjour en 2006, contre 19,5 % de non connectés), il semble que cette mode réponde aussi à un phénomène de société. Pour Jean-François Crola (revue Espaces, octobre 2007), « le court séjour est un produit emblématique de l’extension des modes de consommation en libre-service, favorisés par la facilité de réservation, la rapidité d’accès, tout comme le confort des hébergements ».

À l’image de l’acheteur de voyages en ligne, le consommateur- type de courts séjours est plutôt jeune et citadin. Plus particulièrement, les cadres au pouvoir d’achat plus élevé, mais plus stressés par leur activité, ressentent le plus souvent le besoin de se couper de pratiques de travail de plus en plus agressives. Les observateurs des tendances touristiques notent un net fractionnement du temps de vacances tout au long de l’année, favorisé par les 35 heures. Si la majorité des Français part en vacances (65,7 % de départs l’an dernier), ils partent moins longtemps mais plus souvent, au détriment des longues vacances d’été ou d’hiver, dans la famille ou chez les amis, qui échappent au secteur marchand. 

Le 11 septembre avait engendré une baisse des voyages vers les États-Unis en faveur d’une hausse des longs weekends en Europe. Aujourd’hui, la confiance semble de retour, reflétée dans les offres des voyagistes. New-York, dont l’accès est économiquement favorisé par une très grosse desserte aérienne et un euro fort, fait ainsi une entrée remarquée sur le marché des courts séjours. Face aux tarifs élevés des hôtels de Manhattan, plusieurs voyagistes proposent sur la toile des forfaits de trois ou quatre nuits en appartement, afin d’attirer à moindre coût les familles sur les terres de Spiderman. Aujourd’hui, la Grosse Pomme devient donc un concurrent direct des destinations européennes. Cependant à moyen terme, la vogue du week-end lointain risque de se heurter à la cause de l’environnement, malgré des avions de plus en plus propres. Le web offre aussi de nouveaux marchés à ceux qui savent prendre le train en marche. La société Cityzeum, par exemple, propose une approche du voyage basée sur la connectivité, grâce à des guides touristiques à télécharger gratuitement depuis son site Internet (www.cityzeum.com) vers les appareils électroniques mobiles du marché. Ces guides synthétisent des informations souvent éparpillées aux quatre coins du web (environ 4 000 lieux répertoriés, essentiellement en Europe) : grâce à un logiciel ad hoc fourni par la société avec les fichiers téléchargés, votre vieux lecteur MP3 se met à vous narrer d’une voix d’ange l’histoire tourmentée d’un monument célèbre, pendant que votre téléphone portable vous indique une pâtisserie sympa sur la carte du coin.

Dans sa grande mansuétude, la petite bête se fera même un devoir de vous situer sur un plan, si tant est que l’option GPS ait été préalablement activée dans son petit cœur électronique. Les logiciels dédiés prévoient une utilisation basique et gratuite, et une autre plus élaborée mais moins gratuite. De retour de voyage, vous pourrez même ajouter des observations pour enrichir la banque de données initiale. Il semble qu’Internet n’ait pas fini de réinventer le voyage.