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Orly, le début d'une histoire 

 

Entre voisins N° 15, juin 2008, Antoine Néto

Replonger dans 50 ans de la vie des aéroports franciliens, c'est raconter Orly, aéroport symbole d'une époque. C'est aussi retracer l'évolution de la relations avec les riverains, c’est rappeler l’histoire de la société française depuis lors jusqu’à aujourd’hui. Aéroports de Paris a établi au fur et à mesure un nouveau type de contrat avec les riverains, reflet de nos sociétés contemporaines et basé sur la transparence, le partenariat et le développement durable.

Je m’en vais l’dimanche à Orly, sur l’aéroport on voit s’envoler des avions pour tous les pays, pour l’après-midi j’ai de quoi rêver… ». Gilbert Bécaud chante Orly dans les années 1960 et les badauds n’en finissent pas de venir admirer ces oiseaux volants. La France des trente glorieuses est à l’honneur, l’ombre du Général de Gaulle plane sur la politique française, la modernité et le progrès sont les nouvelles valeurs de la société. Quelques années plus tôt, l’aéroport d'Orly est saturé avec un trafic de 1,2 million de passagers annuels, un record.

L’extension de la plate-forme est décidée, les travaux débuteront deux ans plus tard et la nouvelle aérogare sud de Paris-Orly sera inaugurée le 24 février 1961.

Le Bureau des riverains aura lui été mis en place dès 1958 et participe à la promotion de ce nouveau site, emblème de modernité architecturale et technique. On vient visiter la nouvelle aérogare, symbole de l’architecture de l’époque et qui inspirera à Jacques Tati son film PlayTime en 1964.

Conçue par Henri Vicariot, l’aérogare est entièrement métallique, selon des méthodes importées d'Amérique du Nord. Le large recours à l'acier, à l'aluminium et aux murs-rideaux, les premiers en France, est alors une innovation technique majeure. Le grand hall au premier étage est, à l'époque, d'une dimension inconnue dans un bâtiment public, et donne au visiteur une impression d'espace remarquable, grâce à son atmosphère lumineuse et aérée. Les murs-rideaux offrent une vue imprenable sur le tarmac et permettent d'y observer l'activité autour des avions qui paraissent à portée de main. Les boutiques de luxe, le cinéma, les terrasses, les bars, les restaurants en feront un pôle d'attraction touristique majeur.

Dans les années 1960 et 1970, cette aérogare constituera une véritable vitrine de la France. Le succès est tel que l'aérogare deviendra le monument le plus visité de France devant la tour Eiffel. Cette modernité attire les visiteurs mais joue également un rôle moteur dans le développement économique du tissu local autour de l’aéroport.

Les progrès de l’aviation sont énormes et le transport aérien continue de raccourcir les distances entre les continents du globe. Air France survole le pôle Nord avec Super Constellation de Lockheed de 34 sièges en classe économique, douze fauteuils couchettes et huit lits en première. Le 12 avril 1958 est inaugurée la route polaire reliant Paris à Tokyo en 31 heures, soit 14 heures de moins que l’itinéraire classique par l’Inde.  « C’est d’abord une histoire de fascination et d’amour entre les riverains et l’aéroport d’Orly, l’histoire de la modernisation de l’aviation de l’après-guerre. Tout le monde venait voir ces avions décoller, bruyants et polluants, sans que le problème ne se pose pour les riverains » explique Didier Hamon, directeur de l’Environnement et du Développement durable d’Aéroports de Paris.

La modernité est à Orly et c’est à Orly que naîtront les premières formes de dialogue et de prise en compte des besoins des riverains. Ce sont également les premiers signes des nouvelles valeurs de la société française, plus soucieuse de son environnement et de la qualité de vie.

Les nuisances liées au développement du trafic aérien sur la plateforme de Paris-Orly ainsi que le manque d’emprise foncière amènent le gouvernement à réfléchir à un nouvel aéroport. Le site de Roissy-en-France sera désigné dés 1959, avant même l’ouverture du terminal sud de Paris-Orly, ce qui permet de prendre la mesure du rythme de croissance du trafic aérien de l’époque. Inauguré en 1974, l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle récupérera une partie du trafic d’Orly et la croissance du trafic aérien.

L’apprentissage du dialogue entre l’industrie du transport aérien et les riverains se construit peu à peu et n’a cessé depuis de se renforcer, rythmé par de grandes étapes. Aéroports de Paris joue alors le rôle d’interface de premier plan dans ce dialogue en s’appuyant sur plusieurs types d’outils : les lois décidées par le gouvernement, les progrès technologiques réalisés par les constructeurs d’appareils mais également des initiatives propres à Aéroports de Paris.

Exemple en 1985, avec la loi relative à l’urbanisme qui institue, à titre préventif, les plans d’exposition au bruit (PEB) qui permettent de limiter l’urbanisation au voisinage des aérodromes. Ou plus important encore, en 1992, avec la loi portant sur la lutte contre le bruit qui organise un dispositif d’aide aux riverains dans le cadre de plans de gêne sonore (PGS).

Autre exemple, la création en 1995 de la Maison de l’Environnement. Lieu d’accueil, de dialogue et d’information au service des riverains, elle offre à tout visiteur des renseignements sur les activités des plates-formes aéroportuaires, les actions menées dans le cadre de la politique de développement durable d'Aéroports de Paris et l’histoire du développement aéroportuaire.

Le public y trouve, en libre accès, un ensemble de bornes de consultation autour des thèmes d’intérêt des riverains : politique environnementale de l’aéroport, économie, emploi, métiers, formations, insonorisation, etc. Aujourd’hui, un outil de pointe dans l’information des riverains y est disponible, Vitrail, permettant de suivre les trajectoires aériennes en temps légèrement différé.

Un autre volet des relations avec les riverains est développé à cette même époque : la mise en valeur du dynamisme et de la création de richesse économique apportée par l’aéroport. La plate-forme aéroportuaire est une source d’opportunités et de création d’emploi.


Signe des temps, la relation entre riverains et Aéroports de Paris se définit désormais sous l’angle de la transparence et de la performance tant au niveau environnemental qu’économique. Gilbert Bécaud, grâce au couvre-feu d’Orly, ne pourrait plus chanter « Quand le soir je retrouve mon lit, j'entends les Boeings chanter là-haut. »

La terrasse de l'aérogare d'Orly SUd de l'aéroport Paris Orly (vidéo muette)