Si vous vous rendez au laboratoire d’Aéroports de Paris, ne vous attendez pas à y trouver uniquement des blouses blanches, des pipettes et des becs bunsen. Il y en a assez peu. Étrange, pourriez-vous penser ? Pourtant, ce laboratoire n’assure pas les mêmes missions que celui d’analyses médicales près de chez vous. Dirigé par Jean-Marie Machet, le laboratoire d’Aéroports de Paris assure mesure et contrôle pour garantir la qualité des ouvrages, des produits et des processus rencontrés dans le cadre de l’activité de l’entreprise. Explications.
« Dans une entreprise telle qu'Aéroports de Paris, il y a des flux entrants, comme les achats de prestations, de travaux, de produits industriels, sur lesquels nous exerçons un contrôle extérieur, c'est-à-dire le contrôle du client, et les flux sortants, par exemple la qualité du service offert aux usagers, sur lesquels nous exerçons un contrôle intérieur, c'est-à-dire celui du fournisseur ; enfin, il y a les processus internes liés à la pérennité et la sécurité de nos installations », résume Jean-Marie Machet. Sur l’ensemble de ces flux et processus, le laboratoire effectue un travail de mesure et de contrôle de la qualité, et s’appuie sur les agréments ad hoc : certification ISO 9001, accréditations COFRAC (comité français d’accréditation) dans tous les domaines techniques qui relèvent du champ réglementaire. « Sur certains sujets spécifiques, nous sommes même le seul organisme en France à disposer de ces accréditations ; c'est le cas du réseau de stations de surveillance du bruit, ou encore de la mesure de l'adhérence des chaussées. Le fil rouge de nos missions, c’est véritablement la gestion du risque », poursuit-il.
L’organisation interne du laboratoire en trois pôles répond précisément aux besoins de ces missions : un pôle Qualité de l’exploitation, un pôle Qualité du patrimoine et un pôle Environnement. Ces trois pôles, c’est « la gestion du risque appliquée respectivement aux trois échelles du court, du moyen et du long terme », ajoute le responsable du laboratoire. Leurs activités relèvent des obligations fixées par l'État à Aéroports de Paris dans son cahier des charges publié par décret du 20 juillet 2005, et la plupart sont encadrées réglementairement.
Le laboratoire dispose par ailleurs d'un conseil scientifique constitué de personnalités extérieures à Aéroports de Paris, dirigeants ou anciens dirigeants d'organismes techniques nationaux.
Dirigé par Jean-Claude Suquet, le pôle Qualité de l’exploitation est essentiellement lié à la qualité du service offert aux usagers et au risque de non respect des contrôles réglementaires. On est dans la gestion du risque de court terme : « nous procédons aux contrôles sanitaires requis par la direction des affaires sanitaires et sociales, aux mesures liées à la radioprotection, aux contrôles de sûreté sous l'égide de l'autorité de sûreté nucléaire, nous mesurons les temps d'accès aux aérogares, les temps d'attente des passagers aux points de contrôle ».
Le pôle Qualité du patrimoine, avec Daniel Raynaud à sa tête, est lié à la préoccupation de conservation du patrimoine, à la durabilité et à la sécurité des ouvrages comme les pistes, les aérogares et les autres installations. Il s’agit de veiller à la qualité de leur maintenance, ce qui nécessite un suivi technique de leur évolution dans le temps. L’échelle de temps est ici le moyen terme. « Nous auscultons, nous diagnostiquons, nous instrumentons les ouvrages en respectant les protocoles en vigueur », complète le responsable du pôle. Enfin, le long terme, c'est la vision du développement durable, symbolisé par le pôle Environnement.
Comment favoriser l'acceptabilité du transport aérien en maîtrisant son impact environnemental, ce qui présuppose d'être capable de le surveiller, de le mesurer ? « Nous mesurons donc le bruit et les émissions des moteurs d'avions, les émissions des centrales thermiques, la qualité des sols, des nappes phréatiques et des rejets d'eaux pluviales », explique Isabelle Cornier, chef du pôle.
Le laboratoire d’Aéroports de Paris, ce sont essentiellement des ingénieurs et techniciens, répartis sur les deux antennes de Paris-Orly et de Paris-Charles de Gaulle. « Il y a des géotechniciens, des chimistes, des physiciens, des métrologues, des ingénieurs en Génie civil, et même... des qualiticiens. »
En plus des trois pôles décrits, une section Ressources intervient en support pour l’informatique, la métrologie (science des mesures), la logistique qualité. Outre l’activité de mesure, l'expertise reconnue du laboratoire dans les domaines des infrastructures (construction ou réparation de pistes) et de l'environnement l’amène à développer une activité d'ingénierie et de consultant pour le compte des exploitants ou des filiales d'Aéroports de Paris, comme ADPi pour les contrats à l'étranger. Cette expertise se manifeste par ailleurs dans plusieurs projets de R&D (recherche et développement). Il y a par exemple, en coopération avec la DGAC et son service technique, la mise au point d'un matériel de mesure de l’adhérence des pistes, objet d’un brevet ADP, ou encore ce projet avec Météo France portant sur des modèles de prévisions de l’état de surface des pistes en conditions hivernales.
L'expertise du laboratoire intégré à l'entreprise s’appuie sur une longue mémoire de l’activité aéroportuaire : l'archivage réalisé des bases de données historiques lui permet d'apprécier les évolutions, et dans quasiment tous les domaines, « car ce sont les évolutions qui importent », conclut Jean-Marie Machet.